janvier 2018

Ecoute musicale en CSI

Les mesures de contention dans la prise en charge des patients psychiatriques sont très controversées, en Suisse comme dans d'autres pays européens. Le placement en chambre de soins intensifs (CSI) ou en chambre sécurisée (l’appellation varie d’une institution à l’autre) - espace verrouillé visant à réduire les stimulations sensorielles afin que les patient.e.s puissent reprendre le contrôle de leur état psychique et de leur comportement - est problématique à plusieurs égards : il s'agit d'une atteinte à la liberté, à l'autonomie et à la dignité des patient.e.s ; la fonction thérapeutique et l'efficacité de la mesure ne sont pas avérées ; l’hypostimulation sensorielle peut présenter des risques ; finalement, ce type d’intervention rend difficile l’établissement d’une relation soignante basée sur le dialogue et les interactions.

Face à ces problèmes, un besoin fort de repenser et de réaménager les pratiques de soins se fait sentir. Le recours à la musique pour meubler le silence de la chambre tout en réduisant le sentiment de solitude et d'abandon exprimé par les patient.e.s semble une piste porteuse, surtout si ces derniers ont la possibilité de gérer eux-mêmes le dispositif qui diffuse la musique, retrouvant ainsi une certaine autonomie et une emprise sur leur environnement. Ces considérations ont constitué le point de départ d'un projet de recherche-action (Amenhotep, 2012-2106) qui a permis de développer un dispositif d'écoute musicale conforme aux règles de sécurité très strictes des services de psychiatrie aiguë et d'élaborer un choix de morceaux de musique catégorisés selon leur contenu émotionnel. Actuellement, deux chambres sont équipées de ce dispositif à Yverdon-les-Bains (DP-CHUV/Secteur psychiatrique Nord), une à Lyon (Centre hospitalier St-Cyr au Mont d’Or), une quatrième vient d’être équipée à Corsier-sur-Vevey (Fondation de Nant, Secteur psychiatrique de l'est vaudois).

L’objectif principal du projet « écoute musicale en CSI » est de mettre le dispositif à l'épreuve d'une démarche de recherche empirique en testant certaines des hypothèses formulées par les équipes soignantes impliquées dans son élaboration. Ainsi, le projet vise à vérifier si les modalités d'utilisation du dispositif par les patient.e.s prennent des formes différentes selon leurs besoins du moment ; si le dispositif suscite des nouvelles formes d'échanges et d'interaction entre soignant.e.s et patient.e.s ; et si son implémentation et son utilisation ont un impact sur le bien-être au travail des premiers et sur le vécu subjectif du placement en CSI des seconds.